LES FRÈRES FRANCISCAINS
À CHAMPFLEURY
Voir également l'article paru dans l'Amical n°168  

Les Franciscains à Carrières-sous-Poissy (par le Frère Luc MATHIEU, franciscain)

Une histoire de la commune de Carrières-sous-Poissy ne peut manquer de mentionner la présence de la communauté des religieux franciscains dans le château de Champfleury. Présence relativement courte : une vingtaine d’années, de 1936 à 1956,  mais qui a marqué la vie des familles de Carrières, ne serait-ce qu’en raison de la prise en charge, par ces religieux, de la paroisse catholique de Carrières-sous-Poissy et des Grésillons.

Les Franciscains sont un ordre religieux fondé par saint François d’Assise, au XIIIè siècle, ordre qui s’est répandu très vite, dès l’origine, et qui est aujourd’hui présent dans le monde entier.

La province de Paris des Frères mineurs franciscains avait fait l’acquisition du château de Champfleury pour y établir une communauté d’accueil et de formation de jeunes se destinant à la vie religieuse. Mais en 1940, du fait de la guerre, des difficultés de communications interrégionales en raison de l’occupation allemande, les religieux établirent en ce lieu leur séminaire de théologie pour l’enseignement des futurs prêtres de l’Ordre.

Le château côté terrasse (Photo Antoine EVRARD)
Parallèlement, l’évêque de Versailles confia la paroisse où fut affecté le bon Père Augustin Renaud qui fut rapidement l’ami de tous les habitants, conquis par son sourire, sa piété et sa serviabilité.  Il était assisté par un jeune vicaire, frère Laurent Guénolé, breton, homme de la terre, proche des cultivateurs du pays et animateur des groupes de jeunes : chorale, patronage, fanfare etc… Après le décès du P. Augustin lui succédèrent le Père Julien Dujardin, puis le Père Norbert Merceur.
Voir la page des curés de Carrières-sous-Poissy.Père Augustin RENAULDPère Julien DUJARDINPère Norbert MERCEUR

Le château de Champfleury abritait une cinquantaine de religieux dont une dizaine de professeurs et une quarantaine de jeunes religieux de 20/25 ans, les étudiants en théologie, plus quelques frères assurant les diverses tâches du jardin, cuisine, entretien et ateliers divers.

        
(Photos Antoine EVRARD)

Les relations avec le voisinage se créèrent peu à peu, en confiance et en réciprocité de services, puis en franche amitié.  Les difficultés dues à l’occupation, puis plus tard à la Libération, avaient provoqué une étroite solidarité entre la communauté religieuse et la population.. La communauté franciscaine était assez ouverte, n’importe qui pouvait y rencontrer des frères. Les habitants aimaient les voir déambuler en habit religieux, les jours de sortie, par petits groupes, ou lorsqu’ils allaient prêter leur concours à la paroisse et aux paroisses avoisinantes. Les jeunes étudiants en théologie assuraient le catéchisme et le regroupement des enfants ; les pères professeurs aidaient les curés des environs, allaient visiter les malades et organisaient des rencontres, bref une animation continuelle qui ne pouvait passer inaperçue.  La communauté attirait au château de nombreuses personnes qui traversaient le pays, venant de la gare de Poissy : groupes de chrétiens qui venaient passer un week-end auprès des religieux, troupes scoutes venant camper dans le parc de Champfleury, paroisses parisiennes en sortie annuelle, etc… Quelques habitants fréquentaient les offices religieux célébrés dans l’humble chapelle : une baraque « Adrian », où l’on pouvait goûter de très beaux chants religieux en grégorien.

  La chapelle (Photo Antoine EVRARD)
                    (Photos Antoine EVRARD)
  Mai 1937 (Photos Maurice GARDIEN).

Les cérémonies de profession religieuse et d’ordination presbytérale, souvent assurées par l’évêque de Versailles, se succédaient régulièrement, soit dans cette chapelle, soit à l’église paroissiale, soit dans la collégiale de Poissy.


Les ordinations à Carrières...
. (Photos Antoine EVRARD)

et à la collégiale de Poissy.
(Photos Antoine EVRARD)

Un événement majeur et douloureux rendit plus étroite l’amitié entre la communauté et la population. Ce fut lors des combats de la libération avec l’évacuation temporaire des habitants qui se réfugièrent dans des carrières à quelques kilomètres. Le parcours à pied, la vie dans la carrière, l’inquiétude partagée nouèrent des relations. Mais surtout la mort d’un religieux parti en éclaireur pour voir si la route était libre et qui fut abattu par un snipper allemand. Ce frère Charles-André Givone fut tué le 28 août 1944, et toute la population l’accompagna au cimetière.

D’autres jeunes religieux franciscains, étudiants à Champfleury, avaient été requis pour le STO, et finalement furent déportés en Allemagne et condamnés dans les camps d’extermination de Buchenwald, de Dachau et d’Halberstadt. Quatre d’entre eux y laissèrent leur vie. Leurs noms figurent sur le monument aux morts du cimetière de Carrières (Louis Paraire, Xavier Boucher, Gérard-Martin Cendrier, Roger Le Ber).

[NDLR: les cironstances dans lesquelles sont morts ces frères sont connues grâce au frère Éloi LECLERC qui a survécu: "Nous étions douze".]

Voir également, sur ce site, la page "1943-1945 - Les frères franciscains de Champfleury déportés en Allemagne".

Frère Charles-André GIVONE
(photo archives des Frères Mineurs Franciscains de Paris) 
Frère Roger LE BER
(photo transmise par la famille du frère Roger)
Frère Xavier BOUCHER
(photo archives des Frères Mineurs Franciscains de Paris) 
Frère Gérard CENDRIER
(photo archives des Frères Mineurs Franciscains de Paris) 
Frère Louis PARAIRE
(photo archives des Frères Mineurs Franciscains de Paris) 

 

La tombe des frères franciscains, dans le cimetière de Carrières-sous-Poissy.

Voir également la page sur le monument aux morts .

Après les bouleversements dus à la guerre, le séminaire de théologie qui était venu s’installer à Carrières en raison des événements, rechercha des locaux plus adaptés à son fonctionnement.  Il manquait une vraie chapelle, une bibliothèque et plusieurs salles de cours, et l’on trouvait trop long le trajet jusqu’au quartier latin. C’est ce qui amena les responsables religieux à annoncer le départ de la communauté, vers 1953, et à fermer définitivement la maison en 1956. Une page était tournée, tant pour les religieux que pour les habitants de Carrières. Les uns comme les autres regrettaient ce séjour qui fut riche de relations, d’amitié, de services réciproques, de peines et de joies partagées.

Frère Luc MATHIEU, franciscain.

LIENS:

Les Franciscains.
 Le site de la Clarté-Dieu à Orsay (qui a remplacé Champfleury).
 Les Franciscains de Paris.  


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